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La finitude (La haine de soi) d’Iris, nouveau roman de Iris (Mohand-Lyazid Chibout)

La finitude (La haine de soi) - Iris

 

« Le lecteur sait qu’en refermant le livre, un monde nouveau s’ouvrira devant lui, moderne et prospère, prometteur et conciliant. »

Le dernier né, « La finitude (La haine de soi) », de Mohand-Lyazid Chibout signant sous son nom de plume Iris, présenté d’une manière assez confuse mais qui se libère lucidement et ouvertement après sa relecture, évoque dans ce qu’il peint, les tourments d’une société en perte de repères. C’est un récit assez singulier d’une jeune fille Tilelli traversant ses crises de folie et celles de la société dans laquelle elle évolue. Elle est un personnage extérieurement ordinaire mais hors du commun intérieurement, et c’est cela que voulait traduire en peu de mots son auteur en assimilant la particularité à la généralité. Indécise, effacée parfois, mais volontaire dans ce qui la propulse, elle cherche à combattre les préjugés et à percer socialement tout en subissant, et c’est ce qui la rendait encore plus forte chaque matin au lever du jour. Face à un système politique acquis, ancré, égoïste et bâtard dont elle se méfie et souhaite se libérer, elle se dit que rien ne pourrait vraiment foisonner si une quelconque règle abrupte vient à être imposée. Ce monde dicté est celui des lois contradictoires non applicables au temps moderne et à la réalité que nous menions. Ce mode accepté est celui d’un peuple hiberné face à une politique qui se cherche en s’acharnant, par ruse, sur une société plongée dans une paranoïa collective. La liberté qu’elle incarnait est dans ce nom qu’elle portait ; l’espoir qu’elle semait est dans ses gestes qu’elle conjuguait bien que des œillères soient là, celles de la doctrine handicapante et celles des mœurs non évoluées. La place de la femme, la démocratie, la langue de ses ancêtres, le respect, la tolérance, l’éducation, l’école, les valeurs, la dignité, la Kabylie, la patrie… Des concordances qui demandent à être liées. Rien ne tombe du ciel, tout s’arrache !

La magie du verbe est avant tout dans la forme littéraire que l’auteur choisit pour décrire le fond de la pensée de l’individu enchaînant les faits en les encaissant douloureusement. Une idée jaillit et les faits se superposent dans leurs accomplissements, parfois équivoques, parfois catégoriques. Tilelli en est ce personnage principal et est en quelque sorte l’alter ego de chacun de nous, nous les lecteurs, nous la société. Chaque mot qui se construit est une conscience qui se réveille. Chaque étoile qui veille la nuit cède sa place à la lumière éclairant un univers au lever du jour. Le sentier brumeux sur lequel Tilelli marque ses pas est celui frayé par un destin chaotique amorcé par son père en abusant d’elle. Rien n’allait sous ce toit de tous les désordres et discordes, où les confusions d’ordre moral et le silence assourdissant se communiquent. Le jour où elle a décidé de claquer la porte a sonné. Partie à la découverte de l’autre monde, une femme d’un certain âge l’a accueillie. Et c’est à partir de ce déclic que tout a commencé à se métamorphoser en elle, elle face à la pression sociale. Psychologiquement elle se reconstruit, et philosophiquement elle affronte la vie, aidée par un certain journaliste, Massinissa, venu faire quelques reportages sur cette Kabylie meurtrie.

Ce qui nous happe et nous absorbe dans ce roman n’est point le déroulement de l’histoire, mais l’enchaînement et le déchaînement des personnages face à eux-mêmes, dans les métaphores qu’ils réincarnent et dans le message qu’ils veulent transmettre. L’auteur toujours fidèle à lui-même n’imite que lui-même, et le pouvoir qu’il garde sur son style demeure également dans ses précédents romans, « Traduire un silence » et « Amoureux-nés. »

« La finitude (La haine de soi) » est un excellent roman sur lequel il est recommandé de se pencher car il dépeint avec grâce la conduite à suivre en nous invitant à nous régénérer pour ainsi envisager un avenir intègre. Le thème de l’identité empreint d’humanisme et d’amour est celui véhiculé par le verbe pénétrant d’Iris en faisant rappeler nos origines. C’est un texte qui convie à la réflexion sur la dignité de toute une société en proie à toutes les dérives morales.

Le lecteur sait qu’en refermant le livre, un monde nouveau s’ouvrira devant lui, moderne et prospère, prometteur et conciliant.

La finitude (La haine de soi), par Iris. Editions Edilivre, 372 pages, 25 euros.

La finitude (La haine de soi)

 

 

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